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MEDIA VIOLETTE JUSTICE

Le silence n'honore personne.

NO WORK LISTS & LANCEURS D’ALERTE

ARTICLESPosted by Media Violette Justice Fri, November 04, 2016 12:34:35

Quand quelqu'un que vous ne connaissez pas, assis dans son bureau, décide de vous anéantir parce que vous avez parlé.

Le trait commun des lanceurs d’alerte est qu’ils sont mis hors-circuit. Il leur est impossible de retrouver du travail, ils deviennent persona non grata et finissent, le plus souvent, par vivre des minimas sociaux – encore est-ce dans le meilleur des cas, lorsqu’ils y ont droit. D’autres ont moins de chance, et terminent tout simplement leur combat pour le respect de la loi et de l’État de droit dans la rue. Dans l’indifférence générale, personne ne levant le petit doigt pour leur offrir une seconde chance ou une issue de secours. Il faut par ailleurs prendre en considération que l’immense majorité des lanceurs d’alerte sont inconnus du grand public, et pour cause : un système de maillage presque infaillible est mis en place afin de leur interdire tout accès aux médias : la télévision les ignore, les journalistes se taisent, ils n’existent pas. C’est du moins ce qu’on veut leur faire croire, leur mettre dans la tête, pour les exhorter au suicide – à moins que leur situation tragique ne les conduisent directement à l’hôpital psychiatrique ou en prison comme l’exigent leurs bourreaux.

Les procédures baillons sont ainsi orchestrées par ceux dont les lanceurs d’alerte dérangent les intérêts, financiers le plus souvent : on y trouve les procès en diffamations, les perquisitions inopinées, les gardes à vues abusives, les dettes imaginaires exigées par les huissiers, tout l’arsenal des moyens de dissuasion et de persécution imaginables. Cela engendre bien entendu des traumatismes, des sentiments paranoïaques, une violente sensation d’isolement, de solitude. Mais ces procédures ne sont que la partie visible d’une machinerie infernale, qui sert à convaincre les autres d’observer le plus parfait silence face aux exactions qu’ils seraient amenés à constater. Le régime de la terreur a laissé son héritage, les lanceurs d’alertes sont sacrifiés sur l’autel de l’exemple : « Ne faites pas comme eux, taisez-vous, sinon voilà ce qui vous arrivera. » L’enjeu est simple : conduire à la mort sociale de celui qui a dénoncé des crimes et délits commis au sein d’une entreprise, d’une administration ou d’un service public. Et l’arme fatale, la plus cachée de toutes, c’est ce qu’on appelle la No work list. C’est comme si quelqu’un appuyait sur un bouton, et du jour au lendemain, la personne visée aura beau remuer ciel et terre, elle ne trouvera plus le moindre travail, même alimentaire, même non qualifé. Si votre nom est dans cette liste, vous n’existez plus socialement. Vous n’obtenez jamais de réponse, à rien, ou alors, dans des cas extrêmement rares et volontaires, des réponses complètement tordues et insensées. L’impact psychologique recherché est de faire croire au lanceur d’alerte que le monde entier s’est retourné contre lui. Et à certains égards, il pourrait avoir raison de le croire. Toutes les portes se ferment, l’emmurant dans le silence pesant de sa solitude nouvelle. L’absence de travail et l’impossibilité d’en retrouver entrainent bientôt des problèmes d’argent tels que sa vie sociale n’est bientôt plus qu’un champ de ruines.

Si vous êtes sceptiques, revoyez le documentaire diffusé sur Arte : « Lanceurs d’alerte, coupables ou héros ? ». On y voit un agent du Ministère de la Justice américain téléphoner directement aux entreprises pour leur ordonner de ne pas embaucher une personne en particulier. Sous peine de représailles éventuelles … ? Les choses ne sont pas différentes en France, ni en Angleterre, c’est la raison pour laquelle les lanceurs d’alerte subissent tous les mêmes foudre, dans tous les pays. Pourtant l’État n’est pas toujours à l’origine de ces listes de blacklistage, en fait rarement. Le plus souvent, elles sont le fruit d’entreprises puissantes, ou d’agents prétendument au service du bien public agissant dans l’ombre, usant de leurs réseaux et détournant ainsi les moyens des administrations pour faire taire le lanceur d’alerte en organisant méticuleusement la vengeance dont il est l’objet. Le système est rodé depuis longtemps. Figurer sur ce type de liste engendre une conséquence fatale : tous les moyens de communications des gens blacklistés sont bloqués, surveillés, détournés. Si par miracle ils parviennent à réaliser quelque chose, les commanditaires de la vendetta passent en mode sabotage, et font en sorte que tout se termine en échec silencieux. Les e-mails, comme les courriers postaux, sont interceptés, effacés, faslifiés, particulièrement ceux émanant de hautes autorités. Les appels téléphoniques subissent le même sort : écoutes, déviation, suppression des messages laissés sur les répondeurs. Les IP des ordinateurs sont eux aussi blacklistés, tout passe en spam. Le lanceur d’alerte est seul au monde, et ne comprend pas ce qui lui arrive. À la mort sociale s’ajoute l’agonie psychologique. Toute la mafia dénoncée s’organise pour lui faire croire qu’il n’y a aucune solution, que c’est fini pour lui. Les condamnations judiciaires s’accumulent, au mépris du droit, avec la complicité de tribunaux et de procureurs tout aussi peu scrupuleux, comme l’a amplement démontré l’affaire Kerviel, dans laquelle tout a été fait pour protéger la Société générale. Stéphanie Gibaud, elle, n’a plus que ses yeux pour pleurer face à un ministre du Budget ne sachant que répondre à sa situation, dont il doit même douter en son for intérieur.

Encore ces affaires-là réussissent-elles à émerger sur la place publique. Mais si les lanceurs d’alerte œuvrent sur un terrain tabou, comme la justice ou la protection de l’enfance, le scandale des tutelles abusives ou le détournement d’argent public par ceux auxquels on a délégué l’autorité de l’État, vous n’en entendrez jamais parler : l’omerta imposée par la No work list est absolue.

Or, les lanceurs d’alertes devraient se voir décerner la légion d’honneur pour service rendu à la nation. Ils défendent tous, chacun à leur manière et dans leur champ d’appétence, l’État de droit et les lois de la République, si abondamment, si impunément violées. Ils répondent à une exigence d’éthique dans les affaires, la politique, l’administration. Leurs hautes valeurs morales sont le dernier rempart contre la corruption d’une époque qui nous conduit tout droit à la guerre.

La No work list implique la complicité passive de nombreux décideurs, à tous les échelons de l’organisation sociale : ressources humaines, chefs de service, responsables éditoriaux, etc. C’est peut-être ce qu’il y a là de plus révoltant. Entre lâcheté et acceptation, entre participation directe et corruption, où sont les enfants de Jean Moulin et du Général de Gaulle face aux enfants de Pétain ?

Seul le grand public peut permettre de mettre fin à de telles pratiques : en refusant le blacklistage injustifié de gens qui, loin d’être des ennemis de l’État, en sont au contraire les derniers chevaliers blancs ; en soutenant financièrement ces mêmes lanceurs d’alerte, qui ne peuvent plus compter sur leurs compétences ou leur CV pour s’en sortir, alors qu’ils sont presque systématiquement brillants, et enfin, en exerçant une pression politique majeure sur les assemblées parlementaires afin que le statut de lanceur d’alerte, qui vient d’être mis à mal par le Sénat, soit étendue à tous les citoyens, même hors champs de leur entreprise, et bénéficient d’une protection juridique et sociale adaptée leur permettant de retrouver un travail ou une activité décente lorsqu’ils n’ont fait que remplir leur devoir de citoyens.

À défaut, nos démocraties ne sont plus dignes d’être considérées comme telles, et c’est dans un monde sans foi ni loi manipulé par le comte Dracula que nous acceptons de vivre.








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